Jeanne Grégoire a rendez-vous avec la Méditerranée !
Parmi tous les qualificatifs attribués à Jeanne Grégoire, le travail et la rigueur pour arriver au plaisir en navigation reviennent de toutes parts. Pour aborder sa participation à la Cap Istanbul, la navigatrice picarde n’a une fois encore pas dérogé à la règle. La Méditerranée est une belle inconnue pour celle qui sillonne toutefois les océans depuis maintenant de nombreuses années. Pour éviter toute mauvaise surprise et pouvoir tracer sa route sans influence extérieure, Jeanne a pris les devants et est allée à la source en matière de météo, grand arbitre annoncé sur cette ultime épreuve de la saison : « Je viens de passer une journée complète chez Pierre Lasnier à Puget. Nous ne devions nous voir que quelques instants et nous nous sommes tellement trouvés sur la manière d’aborder les choses qu’il m’a gardé de très précieuses heures. C’était passionnant. J’ai appris plein de choses. Pierre m’a donné des billes pour appliquer ma méthode « Atlantique » à la Méditerranée. J’appréhendais la pratique de cette mer que je ne connais pas. Il m’a donné des pistes pour mener ma propre réflexion, sans avoir forcément à regarder où vont les sudistes ! J’ai désormais des outils pour tracer ma route et je pars en toute confiance. J’avais besoin de comprendre, Pierre Lasnier m’a donné les moyens de le faire ! ».
Des manuels scolaires à la réalité
C’est de loin et dans les livres d’école que Jeanne Grégoire avait jusqu’à présent puisé sa « petite » connaissance de la Méditerranée. Avec cette journée de familiarisation avec la météo particulière qui la caractérise, la voici armée pour négocier au mieux les cinq étapes qui s’annoncent. Nice, ville de départ, Cagliari en Sardaigne, Marzamemi en Sicile, Aghios Nikolaos en Crète, Boozcaada en Turquie et enfin Istanbul la belle… le parcours concocté par les organisateurs de Cap Istanbul pour sa première édition en solitaire, a de quoi laissé rêveur. Mais pour les navigateurs, il est également évocateur de nombreux pièges dont il faudra savoir se déjouer au mieux : « Ma seule expérience de navigation en Méditerranée se résume à mes participations à la Solo Méditerranée. Autant dire que je n’ai jamais quitté le rivage français. J’ai donc particulièrement travaillé les parcours et vais continuer à le faire jusqu’au bout, mon bateau étant parfaitement prêt grâce au travail de Guillaume Farsy, mon préparateur. Quand on zoom sur les cartes du logiciel de navigation, une partie des noms est écrite en alphabet grec. J’ai eu la chance de l’étudier au lycée et du coup c’est assez drôle de ne pas avoir besoin de chercher systématiquement la traduction. Mais au-delà de cet avantage linguistique, la Méditerranée n’est pas une mer simple et je l’appréhende d’autant plus que les conditions y sont très changeantes. Le vent peut passer sans prévenir de 25 à 57 nœuds avec une grosse rotation. Elle sollicite beaucoup les marins. Le programme nous prévoit des plages de repos relativement courtes et la vigilance va être de mise de bout en bout, autant sur le plan du sommeil, que de la sécurité et la météo. Il va nous falloir anticiper autant que possible. Pour nous qui naviguons essentiellement en Bretagne un autre paramètre vient se greffer, la chaleur. Là encore, attention à ne pas se laisser piéger par un temps que nous n’avons pas connu de l’été ! ».
Objectif : découverte !
Cinquième de la Solitaire du Figaro 2008, une performance toute à la fois méritée et saluée par ses pairs, Jeanne Grégoire figure actuellement en huitième place au classement général provisoire du Championnat de France de Course au Large en Solitaire. S’il lui est difficile de se fixer en termes d’objectifs sportifs, la navigatrice de Banque Populaire à toutefois les idées bien arrêtées sur sa motivation à quelques jours du départ de la Cap Istanbul : « Il m’est très difficile de dire que je veux atteindre telle ou telle place à l’arrivée à Istanbul. Mais une chose est sûre, je veux me comporter comme en Atlantique en ne me laissant pas perturber, en navigant aussi bien que je peux et surtout en me régalant. Le parcours à tout pour que je me fasse plaisir. Si je peux garder ma place dans les dix premiers au Championnat de France de Course au Large, je me dis que ce ne sera pas mal ! Ce sera la troisième fois d’affilée, si on considère que l’année dernière était un peu particulière compte tenu de mon démâtage à l’arrivée de la Solitaire du Figaro. Ce qui est certain, c’est que ça va être une vraie belle régate ! ».
Du plaisir, de la découverte et une compétition qui sera forcément disputée à couteaux tirés compte tenu des acteurs en lice, il n’en faut pas plus pour que Jeanne Grégoire soit heureuse. Ce bonheur est son moteur et à la barre de Banque Populaire, c’est en beauté qu’elle entend conclure sa déjà très belle saison 2008. De Nice à Istanbul, elle pourrait bien défricher un terrain de jeu à la hauteur de son talent et de la forme Olympique qu’elle affiche depuis les premiers bords de cette année. De quoi laisser entrevoir une concurrence de très haut vol à ses adversaires qu’ils soient méditerranéens ou bretons…